Le travail du sexe est un travail

par A.

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Le travail du sexe est un travail

J’ai beaucoup de chance depuis que je suis arrivée en Suisse. J’ai exercé le travail du sexe dans plusieurs pays et ma pire expérience a été sans hésiter en France. J’ai été agressée plusieurs fois par des clients et je n’ai pas osé appeler la police parce que plusieurs de mes collègues de travail me disaient que je pouvais avoir encore plus de problèmes si j’appelais la police vu que ce n’était pas un travail « légal » ici comme en Suisse. 

Je travaillais la peur au ventre parce que j’avais l’impression que le fait que ce soit un travail illégal donnait la toute-puissance aux clients et qu’ils savaient à quel point j’étais vulnérable. Et plus je me sentais vulnérable, plus j’avais l’impression que le client le voyait et que c’était pire. En Suisse j’ai eu la chance de ne jamais avoir été agressée. J’ai l’impression aussi – car je crois beaucoup en ce qu’on dégage – le fait de savoir que je peux appeler la police si j’ai un problème ça me rend plus forte et ça aussi le client le ressent. Ça ne veut pas dire que ça ne va jamais m’arriver. Par contre j’ai déjà une fois dû dire au client que j’allais appeler la police s’il ne me payait pas la deuxième heure que nous avions passé ensemble (d’où l’importance que le client paie toujours avant, même si la première heure a été payée et qu’il souhaite rester plus longtemps, même si on le connaît… pas d’excuses).  Le fait que je parle de la police l’a très vite dissuadé. 

Enfin, en Suisse je me sens bien, protégée est sûr de moi .

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LaVieRebelle
Ecrit par LaVieRebelle le janvier 24, 2026
Pleinement d’accord pour la protection du métier en Suisse. J’émets toutefois un bémol sur la manière dont l’inscription comme travailleur du sexe est organisée (je suis gay). En effet, j’ai été reçu sur le palier, hors de toute discrétion. Deux femmes sont arrivées alors que je remplissais le formulaire, accompagnées d’un policier en civil. À vrai dire, je ne me suis pas senti gêné : j’ai passé ce stade. Je n’ai aucune honte de ce que je suis ni de ce que je m’apprête à faire. Car oui, désormais, je laisse une trace judiciaire de moi dans les fichiers de la police. Qu’importe. Je suis fier d’être la « pute ». Je me sens ainsi en moi depuis bien plus longtemps. Je saute le pas à (hélas ?) 57 ans, mais enfin je travaille pour moi, prenant autant de plaisir que mon partenaire, sous les ordres d’aucun chef véreux ni patron trop con. Je suis moi, nu, dans toute ma vérité. Mon corps est encore bien, même s’il est tard. Et me lancer ici, en Suisse, c’est encore mieux : il y a la reconnaissance. Tu es indépendant, tu paies tes impôts, tes assurances santé, ta retraite, tes vêtements, ta nourriture, ton toit — tout cela grâce à ta ou tes prestations. Au final, même si cela peut paraître indécent de payer des taxes avec de l’argent gagné avec ton cul, je réponds : certes, mais quel plaisir en as-tu tiré ? Je deviens travailleur du sexe non seulement par besoin — bien que ce besoin soit aussi fait de plaisirs inavoués — mais également pour des raisons monétaires. Au-delà de cela, c’est un moyen d’être enfin libre, de ne dépendre que de ce que tu offres au client, qui pour le coup devient roi. Roi que tu te dois de servir comme il le souhaite. Parce que c’est ton corps, en tant que réceptacle, mais surtout émetteur de plaisir. Un plaisir qui fera monter les tours du client, client qui te recommandera ou participera à ton amélioration pour le suivant. Il y a aussi cette reconnaissance, et plus encore cette appellation de « salon » — héritière des maisons de passe d’antan. Mais ici, tu n’appartiens pas au salon : tu travailles avec lui. Cette notion, inscrite dans la loi du travail en Suisse, m’avait surpris la première fois que je me suis inscrit comme indépendant. Pour certains et certaines, il faudra payer l’impôt à la source. Voici le barème de taxation du canton de Berne : **Calcul du forfait journalier** * Revenu journalier (estimation) * Salaire brut mensuel : 21,67 × CHF 300.– = CHF 6’500.– * Déduction des frais d’obtention (20 %*) : – CHF 1’300.– * Revenu assujetti à l’impôt à la source : CHF 5’200.– * Taux d’imposition selon le barème A0Y : 11,34 % * Impôt à la source mensuel : CHF 589,70.– * Impôt à la source par jour (589,70 / 21,67) : CHF 27,20.– * Forfait journalier arrondi au franc inférieur : **CHF 25.–** * Les frais professionnels usuels sont pris en compte dans le barème A0Y. Cette déduction supplémentaire vise à tenir compte des conditions particulières d’exercice de la prostitution (location d’une pièce, charges comprises). Pourcentage considéré comme approprié pour la prostitution. --- Je laisse donc nos clients imaginer ce que le travail du sexe en Suisse implique. Car oui, on paie de notre personne une pseudo-protection : en réalité, une légalisation étatique du proxénétisme. Certes, on ne recevra pas les coups d’un proxénète, mais ceux du centre d’imposition communal, cantonal et fédéral. Et là aussi, ne pensez pas appeler la police… Rien ne t’oblige à rester en Suisse. Attention : sans être déclaré, c’est pire que tout. Il n’y a pas de petites économies en Suisse. Voilà le prix du travail du sexe : c’est légal, mais… Alors, respect — là aussi — même en Suisse. Je vous aime toutes et tous. **LaVieRebelle**
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