La dernière option

par Ebano

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La dernière option

Cher Journal,

Aujourd'hui j'ai reçu un message de Ebano qui a souhaité partager ici une réflexion sur son métier qu'elle a écrit durant ses cours de français.

J’ai grandi dans une famille qui m’a inculqué l’idée que la prostitution est un pêché et une honte. Je me souviens que lorsque j’étais plus jeune et que je regardais un de ces nombreux reportages assez sensationnaliste sur la prostitution, je ressentais une certaine peine pour ces femmes qui étaient, comme disait le reportage, toujours obligées et exploitées. 

Plus tard, la vie a fait que j’ai dû commencer cette activité. C’était ma dernière option, car je savais que c’était une vie qui n’était pas facile. 

Chaque femme et chaque homme qui exerce ce travail  a ses propres raisons et son propre parcours de vie. Toutes leurs raisons sont valables et respectables. Bien que mon rêve est de quitter ce travail au plus vite, je négligerai pas les côtés « positifs » de cette expérience de vie et de ce monde « faux et fictif ». ça restera pour toujours une partie de ma vie.

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LaVieRebelle
Ecrit par LaVieRebelle le janvier 27, 2026
Il y a le choix, et il y a les obligations. Je pense aussi que faire les choses sans passion conduit à une forme de destruction — qu’elle soit physique, maladive ou psychologique. Notre corps porte en lui la réponse à la question de la manière dont nous allons vivre un métier. Le travail du sexe est un métier. Il est légalisé — souvent pour être mieux imposé — mais il n’en demeure pas moins un travail. Je me résous moi aussi à franchir le pas, et ce choix n’est pas anodin. Il répond à quelque chose de profond en moi : une excitation, peut-être. Faut-il l’assimiler à un fantasme, à une découverte ? Quoi qu’il en soit, je me sens libre. Je n’ai aucun préjugé face au fait d’être qualifié de « pute » ou de « prostituée ». Je suis gay, et depuis que je l’ai compris — depuis que j’ai découvert ce que je suis — je me sens libre. Les insultes, les remarques homophobes me glissent dessus. J’ai appris, avec le temps, que bien souvent ces mêmes personnes fantasment sur une queue, sur le fait de baiser un cul, sur le goût de l’interdit moral. N’ayant pas encore véritablement vécu de relation escort-client, je ne suis pas le mieux placé pour dire si je ferai ce métier dans le plaisir ou dans la souffrance. Je sais en revanche que j’écouterai ce que mon corps ressentira. Le problème majeur de notre époque est la publicité de l’image de soi dans ce métier, image souvent récupérée par de mauvaises intentions. Pourtant, cette publicité est indispensable. On différencie ainsi la prostitution de salon et celle de rue, que l’on retrouve le plus souvent sur les aires d’autoroute. L’escorte se déplace, l’escorte reçoit en salon, quand elle n’est pas directement salariée par un établissement. C’est la forme de la prestation qui lui donne un degré plus ou moins acceptable aux yeux de la société. Est-il plus honorable de faire une pipe à la sauvette sur une aire d’autoroute, ou une pipe luxueuse sur un lit chaud ? Pour ma part, je ne dénigre ni l’une ni l’autre. La publicité pour les aires d’autoroute n’est toutefois pas indispensable. Je vois bien souvent de petites annonces d’hommes s’offrant au premier venu, dans les toilettes d’un Migros ou sur des plateformes comme LetsGo. Est-ce du fantasme, ou le besoin d’accroître son excitation par des annonces cachées derrière un clavier ? Je ne saurais le dire, n’y ayant jamais répondu. L’une de mes motivations principales reste la liberté d’être ce que je veux, de coucher avec qui je veux. Je ne suis pas la prostituée d’un employeur m’exploitant sans réserve, me critiquant tout en m’extirpant ma substance vitale. Le mot « prostituée », dans son sens originel, signifiait s’adonner à une personne, à une idéologie, à une orientation politique. Il n’y avait là ni insulte ni préjugé. Beaucoup de personnes aujourd’hui se prostituent ainsi — à une religion, à un système, à une croyance — tout en se permettant de juger par ignorance ou par fermeture d’esprit. En étant en accord avec mon corps, mon esprit et ma conscience, je n’y vois aucune limitation. Je ne dis pas tout, mais même spirituellement, je ne connais pas d’interdit. Je suis dans la non-dualité. Ce n’est ni un refus de poser des questions, ni une négation de la réalité, mais une réflexion que seuls refusent ceux qui manquent d’ouverture. Merci de votre écoute.
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